Chihiro, une jeune fille de 10 ans, se rend avec ses parents dans une ville isolée. En chemin, ils découvrent un parc d'attractions abandonné et décident de l'explorer. Là, ses parents se transforment en cochons après avoir mangé de la nourriture mystérieuse. Paniquée, Chihiro se retrouve seule dans un monde magique et étrange, peuplé de créatures surnaturelles et d'esprits.
Chihiro découvre qu'elle a été piégée dans le monde des esprits et qu'elle doit travailler dans un bain public tenu par Yubaba, une sorcière puissante. En signant son contrat de travail elle accepte de renoncer à son nom et devient captive de ce monde. En cherchant à sauver ses parents et à retrouver son chemin, Chihiro rencontre plusieurs personnages, dont Haku, un jeune garçon mystérieux qui a perdu sa mémoire et qui semble lié à son passé, et Sans-visage, une créature étrange qui, influencée par le monde des esprits, devient de plus en plus inquiétante.
Au fur et à mesure de son travail et de ses rencontres, Chihiro se transforme. Elle apprend à surmonter sa peur, à faire preuve de courage et de persévérance, et à comprendre l'importance de l’amitié, de la famille et de la responsabilité. Son aventure est une quête pour sauver ses parents et trouver son identité dans un monde parallèle rempli de défis. Pourra-t-elle retrouver son nom et sauver ses parents et un jour revenir dans son propre monde ?
Le voyage de Chihiro connaît également hors du Japon un succès sans précédent pour une production animée nipponne, réunissant près de 1,5 millions de spectateurs en France, et remportant l'Ours d'or au Festival International du Film de Berlin et l'Oscar du Meilleur film d'animation en 2003.
Le voyage de Chihiro a été énormément apprécié et est souvent le film préféré des fans du Studio Ghibli. Ce n'est pas le mien mais je l'aime beaucoup (comme tous les autres oui oui). Il est lui aussi, très riche en détails, en couleur et en symbolique.
On ne s'attache pas tout de suite à Chihiro qui est une petite fille capricieuse et collée à ses parents. Mais elle se retrouve vite livrée à elle-même et sa transformation nous amènera à l'apprécier de plus en plus, tout comme les personnages qui lui viendront en aide.
La scène du train et la musique "La sixième station" me bouleversent chaque fois.
Tout comme les autres films de Miyazaki on se rend pas tout de suite compte des messages véhiculés. C'est une très belle histoire pleine d'aventure et d'émotions et on découvrira une belle critique de notre société en cherchant un peu plus loin que le bout de son nez !
Le voyage de Chihiro nous apprend en effet que, dans la vie, il faut s'accrocher et ne pas perdre courage. L'héroïne est livrée à elle-même dans le monde des dieux. Miyazaki nous montre ainsi que les croyances et les divinités n'ont pas disparu. Elles sont bien vivantes mais enfouies en nous, comme le souvenir de Haku dans le cœur de Chihiro. Mais le réalisateur semble aussi rejoindre le cynisme de son collègue Isao Takahata, car il représente les dieux malmenés par les hommes et ils doivent se reposer et se soigner dans les eaux purificatrices d'Aburaya, l'établissement des bains.
Dans ce conte moderne, Hayao Miyazaki nous fait découvrir Aburaya, un monde étrange peuplé de dieux. Mais nous pouvons rapidement nous rendre compte que l'établissement des bains n'est autre que la projection de la société moderne et surtout du monde du travail. On peut y découvrir une Yubâba tyrannique et avide d'argent et de profit, incarnant le patronat ; mais aussi des cadres intermédiaires, tels que l'intendant lui aussi victime d'avarice (il ne donnera pas à Sen la décoction qu'elle lui a demandée). On y rencontre aussi les ouvriers, les hommes grenouilles, et les Susuwatari rendus esclaves et sujets à peu d'évolution dans la société. En la plongeant dans ce monde Miyazaki lève le voile que Chihiro a devant les yeux. Jusqu'à présent elle était protégée par le cocon familial et son milieu aisé. Mais maintenant elle est confrontée à un environnement difficile et devra prendre des initiatives et ses responsabilités. Avec Chihiro, Miyazaki semble donner un espoir à son public ; en effet Chihiro, par sa détermination et son naturel, semble complètement passer outre la hiérarchie et les barrières sociales (qui d'autre qu'elle ose monter au dernier étage d'Aburaya ?).
Une autre grande victime de l'hyperconsommation dans le film est le « sans-visage ». Il pense pouvoir tout acheter avec l'or qu'il fabrique : ses repas, l'attention de ses serviteurs et même l'amour. Mais il se heurte à Chihiro qui n'accepte pas ses cadeaux. Devant son or, elle lui avouera qu'il ne peut pas lui donner ce qu'elle veux. Le « sans-visage » ne comprend pas qu'elle n'a besoin que du nécessaire, alors que lui dévore tout sans même avoir faim, pour apaiser son insatisfaction, son besoin du toujours plus... Dans son désespoir, il est alors rongé par sa deuxième personnalité. On peut remarquer qu'il possède dans ces moments une chevelure qui témoigne de sa transformation ; une métaphore pour le rendre plus humain dans sa folie ?
Un troisième personnage est révélateur de la société de consommation japonaise. Bô, le poupon géant de Yubâba incarne, selon Miyazaki, « l'absolue bêtise des mères japonaises qui cherchent à être aimées à n'importe qu'elle prix. C'est la raison principale pour laquelle Yubâba a besoin de gagner tant d'argent : elle dépense tout pour son bébé. Elle en a fait un monstre, celui qu'il y a en elle. [...] En faisant des enfants un rouage économique, nous fonçons vers un enfer que nous avons nous-même créé. »
Au fil de sa filmographie, la pensée de Miyazaki est devenue plus pessimiste. Dans Le voyage de Chihiro, Miyazaki semble avoir totalement oublié ses rêves utopistes, il porte désormais un regard lucide sur notre société et nous en propose un portrait réaliste et critique, malgré le cadre imaginaire du film. La pensée de Miyazaki a véritablement évolué. La solution n'est plus collective, mais individuelle. En effet, le personnage de Chihiro semble prouver qu'avec beaucoup de courage et de volonté, chacun peut s'en sortir, et ce, même au sein d'une société bridée par les hiérarchies et par les comportements stéréotypés.
« Ceux qui ont oublié leurs attaches sont condamnés à disparaître. » Pour Hayao Miyazaki, l'identité d'un peuple ou d'un pays est liée à son histoire, à sa culture. Renouer avec ses racines, à travers l'animisme notamment, est peut-être le thème le plus important dans l'œuvre de Miyazaki car il englobe finalement tous les autres. Le voyage de Chihiro ne déroge pas à la règle. Le film fait évoluer le personnage le plus normal et le plus actuel jamais imaginé par Miyazaki dans un monde imaginaire mais profondément ancré dans la culture japonaise.
Certaines anciennes cultures croient que toute chose ou personne a un « véritable » nom et que lorsque l'on connaît ce nom, on détient le pouvoir sur la chose. Ainsi les mots étaient utilisés avec une extrême attention. Miyazaki croit également en l'importance des mots et en leur signification ; mais de nos jours ils perdent de leur substance car ils sont pris avec trop de légèreté et sont vidés de leur sens. C'est par le pouvoir des mots que Chihiro va réussir à se faire une place, mais aussi que Yubâba parvient à lui dérober son identité. Retrouver son nom dans Aburaya est la clef de la liberté. Le réalisateur parle mieux que quiconque de l'importance de la parole dans sa note d'intention.